| | Je les aime beaucoup mais je les crains
aussi. C’est un endroit dans lequel j’aimerais pouvoir aller sans que l’on me
voit. UN bar qui fait aussi restau, mais pas du tout Fancy le bar. Des tables
en bois bien solides, de la musique des années 80, les tableaux accrochés aux
murs souvent assez pittoresques. Une brume dans l’air, de cigarette et d’années
80 aussi. Bar qui remplit sa fonction première, à savoir qu’il sert aux clients
de la bière, mais aussi de la bouffe. Et c’est ceci qu’il y a de joli, et que
nous n’avons pas en France. Des bars qui servent de vrais repas de bouffe. Si,
peut-être les brasseries-bars pas loin de gares, mais j’y vais jamais. Mais ça
a un peu de cela. Ce n’est pas exactement pareil, et il y en a partout. C’est
comme-ci la boisson était tellement importante ici, que les bars assurent aussi
les autres fonctions vitales,
Quand on rentre
dans une hospoda, tout de suite les gens savent que tu n’es pas de leur monde.
le profil n’inclut pas les femmes, ou elles se font rares. En tous cas, dans la
dernière où je suis allée, j’étais la seule femme de tout le bar. Ils ont la
cigarette au bec, ont tous plus de 35 ans, même si je pense que la moyenne d’âge
est bien au-dessus. Il ont TOUS une tête de pilier de comptoir, un peu
rougeauds, un peu fatigués, le regard vide, et très intéressés par la TV de
Sport.
Donc, tchèque ou pas, ma génération n’y va
pas beaucoup, d’où l’effet tâche.
Le second effet
tache, c’est quand tu comprends pas. C’est pour cela que cet amour des hospodas
est mêlé de crainte. Car les serveurs aussi assurent le service, ce qui est le
principal c’est que les clients soient servis. Le petit plus, et le petit mot
sympa du serveur, c’est pas pour ici. Donc l’autre fois, j’étais stressée parce
que je commande une bière, et le mec m’amène la « Jidelní Lístek »,
le menu, je regarde, et je captais rien. En plus tout était écrit en caractères
gothiques ou à la main pour le menu du jour, et je captais pas trop. Le serveur
revient, pas le temps de faire une revue de TOUS les mots inconnus dans
mon dico, et il avait la bille de son
stylo déjà apprêté, sur la feuille de son bloc-note, il attendait que j’ouvre
la bouche pour parler.
Je voulais du
goulaš. Il n’y en avait pas. De la soupe. Non plus (c’est très courant, tu demandes
un truc, y en a plus, et ça peut-être le cas pour plusieurs plats. Alors,
éventuellement, le serveur prend son bic et raye sur le menu ce qu’ils n’ont
plus. Le mieux quand ceci arrive est de demander : qu’avez-vous
alors ? )
J’ai regardé dans
un moment de désespoir les mots qui s’enchaînaient sur le papier sans avoir un
sens pour moi. Et je me suis raccrochée a celui qui sonnait enfin :
Smáženy sýr. Oui, c’est du fromage pane, un classique. Je n’avais pas envie de
cela, mais il attendait le gars. Et il était pas du genre a dire, alors
aujourd’hui, nous avons ceci et cela, je vous recommande cela, et tel plat a
tel et tel ingrédient. Non. NO
WAY. Donc j’ai dit: Smáženy sýr. J’avais commande ce que
je comprenais. C’était délicieux (souvent le cas, aussi dans les hospodas. J’y
vais quand j’ai faim et veux manger un bon vieux plat de bouffe comme chez
Mamie, pour le prix du restau U) Si je ne veux pas grossir trop vite, je dois
apprendre plus de vocabulaire.
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